Rhizarthrose du pouce : symptômes, traitements et orthèse
La rhizarthrose est l'arthrose de la base du pouce — plus précisément de l'articulation trapézo-métacarpienne qui relie le premier métacarpe à l'os trapèze du poignet. C'est la deuxième localisation d'arthrose la plus fréquente après le genou, et elle touche surtout les femmes après 50 ans. Tourner une clé, ouvrir un bocal, pincer un stylo — ces gestes du quotidien deviennent progressivement douloureux, parfois insupportables. Comprendre ce qui se passe, et connaître les options disponibles, change vraiment la qualité de vie au quotidien.
Pourquoi la base du pouce ?
L'articulation trapézo-métacarpienne (TM) est une articulation en selle, unique dans le corps humain. Elle permet au pouce ses mouvements d'opposition — cette capacité à aller toucher chacun des autres doigts, qui fait toute l'originalité de la main humaine. Cette mobilité exceptionnelle a un prix : une instabilité mécanique importante, compensée par un système ligamentaire complexe.
Avec le temps et les contraintes répétées (travaux manuels, activités de précision, port de charges), les ligaments se relâchent, le cartilage s'amincit, et les surfaces articulaires commencent à s'abraser. C'est le début de la rhizarthrose. Le terme "rhizo" vient du grec "rhiza", racine — c'est littéralement l'arthrose à la racine du pouce.
Qui est touché ?
La rhizarthrose est très clairement une maladie féminine après la ménopause. Les femmes représentent 70 à 80 % des cas, et le pic de fréquence se situe entre 55 et 70 ans. Les hormones œstrogènes jouent un rôle protecteur sur les ligaments — leur chute à la ménopause fragilise l'articulation TM. Le côté dominant est plus souvent atteint, mais la bilatéralité est fréquente (50 à 60 % des cas).
Les facteurs de risque associés incluent les activités professionnelles répétitives avec la pince fine (couturières, musiciens, chirurgiens, coiffeurs), les antécédents familiaux d'arthrose, et l'hyperlaxité ligamentaire constitutionnelle.
Symptômes et évolution de la rhizarthrose
La rhizarthrose évolue selon plusieurs stades, et les symptômes se transforment avec la progression de la maladie.
Les premiers signes
Au début, la douleur est intermittente, déclenchée par des gestes précis : pincer un bouchon, tourner une clé de contact, tenir un crayon, visser. La douleur siège exactement à la base du pouce, dans ce creux que forment le pouce et l'index quand on les écarte (la "tabatière anatomique" est légèrement plus distale, mais l'emplacement est proche). Elle cède au repos.
La phase d'état
Avec le temps, la douleur devient plus constante. Elle peut survenir la nuit, au repos. La force de préhension diminue — certaines patientes décrivent des difficultés à tenir un verre, à déboutonner une veste. Une sensation de craquement ou de "dérobement" lors des mouvements du pouce est fréquente. Dans les formes avancées, une saillie osseuse à la base du pouce devient visible et palpable : c'est l'ostéophyte (excroissance osseuse réactionnelle).
La déformation en Z
Au stade évolué, le pouce adopte une déformation caractéristique dite "en Z" ou "en col de cygne" : la base du pouce se subluxe vers l'extérieur (la saillie), tandis que l'articulation métacarpo-phalangienne compense en se fléchissant, puis l'articulation inter-phalangienne distale en s'hyperextendant. Cette déformation peut être partiellement réductible au début, puis fixée. Elle signe une rhizarthrose avancée (stade III-IV de la classification de Dell).
Diagnostic : radio et examen clinique
Le diagnostic de rhizarthrose est avant tout clinique — il repose sur l'examen par un médecin. Deux tests sont particulièrement utiles.
Le test de grinding (ou test de compression-rotation)
Le médecin maintient le trapèze d'une main et imprime au premier métacarpe un mouvement de pression axiale combiné à une rotation. Si ce geste reproduit la douleur habituelle du patient, le test est positif — il signe l'atteinte de l'articulation TM avec une bonne sensibilité.
La radiographie
Les radiographies de la main en incidences spécifiques (face, profil, trois-quarts) montrent les signes habituels d'arthrose à la jonction trapézo-métacarpienne : pincement de l'interligne articulaire, géodes sous-chondrales, ostéophytes, et dans les stades avancés, subluxation de la base du premier métacarpe. La sévérité radiologique ne corrèle pas toujours avec la sévérité des symptômes — certaines radios très abîmées correspondent à des patients peu douloureux, et vice-versa.
L'IRM n'est pas indispensable pour le diagnostic de routine. Elle peut être utile pour éliminer un diagnostic différentiel (ténosynovite de De Quervain, syndrome du canal carpien associé — fréquent chez la femme ménopausée).
Traitements : de l'orthèse à la chirurgie
La prise en charge de la rhizarthrose est graduée. La grande majorité des patients obtient un soulagement satisfaisant sans jamais recourir à la chirurgie.
L'orthèse de rhizarthrose : première ligne incontournable
L'orthèse de rhizarthrose — également appelée attelle de pouce ou splint TM — est le traitement de première intention. Elle immobilise sélectivement l'articulation trapézo-métacarpienne en position de repos, tout en laissant libres les autres articulations du pouce et les doigts longs.
La version sur mesure, réalisée par un ergothérapeute ou un kinésithérapeute en thermoplastique moulé directement sur la main, est la plus efficace. Elle coûte environ 80 à 120 € et est partiellement remboursée. La version en série (néoprène, tissu élastique) disponible en pharmacie ou sur internet offre un maintien plus souple, adapté aux activités courantes.
Le protocole recommandé : port continu les 4 à 6 premières semaines (sauf toilette), puis port nocturne et lors des activités douloureuses. Une étude Cochrane de 2015 a confirmé l'efficacité des orthèses sur la douleur et la fonction à court terme.
Les médicaments
Le paracétamol (1 g, 3 fois/jour) est la première ligne médicamenteuse. Les AINS topiques en gel (diclofénac, kétoprofène) directement sur la base du pouce sont efficaces et bien tolérés localement. Les AINS oraux sont réservés aux poussées inflammatoires intenses, en cures courtes (5 à 7 jours).
L'infiltration de corticoïdes
L'injection de corticoïde dans l'articulation TM est un geste technique délicat (l'espace articulaire est petit) mais très efficace sur les poussées douloureuses. Elle est idéalement réalisée sous guidage échographique. L'effet dure 4 à 8 semaines, parfois plus. Pas plus de 3 injections par an dans la même articulation.
La rééducation en ergothérapie
L'ergothérapeute joue un rôle central dans la prise en charge de la rhizarthrose : fabrication de l'orthèse, apprentissage des gestes économiques (techniques de préhension qui ménagent l'articulation TM), renforcement des muscles intrinsèques de la main, conseils d'adaptation de l'environnement (ouvreurs de bocaux, stylos ergonomiques, poignées adaptées).
La chirurgie : trapézectomie
Réservée aux formes sévères résistantes à 6 à 12 mois de traitement conservateur bien conduit, la chirurgie la plus courante est la trapézectomie — ablation totale de l'os trapèze — avec ligamentoplastie de stabilisation. Elle donne d'excellents résultats sur la douleur (90 % de bons résultats à 5 ans) mais demande une rééducation prolongée : 3 à 6 mois avant la reprise complète des activités. Elle est réalisée en ambulatoire sous anesthésie locorégionale. Une prothèse TM existe mais reste moins utilisée.
| Traitement | Efficacité | Délai d'action | Indication principale |
|---|---|---|---|
| Orthèse sur mesure | Bonne | 2–4 semaines | Toutes formes, première intention |
| AINS topiques | Modérée | 48–72 heures | Douleurs légères à modérées |
| Infiltration corticoïde | Très bonne | 24–48 heures | Poussée inflammatoire aiguë |
| Ergothérapie | Bonne (fonctionnelle) | Progressif | Gestion au long terme |
| Trapézectomie | Excellente | 3–6 mois post-op | Formes sévères résistantes |
Vivre avec une rhizarthrose au quotidien
Au-delà des traitements, des adaptations simples du quotidien permettent de protéger l'articulation et de réduire les douleurs de friction.
Les gestes à éviter
La pince fine (entre le pouce et l'index) est le mouvement qui sollicite le plus l'articulation TM — il faut la remplacer autant que possible par la prise en paume (utiliser toute la main). Évitez de tordre avec le pouce seul : préférez les ouvre-bocaux à démultiplication, les robinets à levier, les clés avec des manches épaissis. Pour écrire, optez pour des stylos à corps large (diamètre ≥ 12 mm).
Les compléments alimentaires
Les compléments à base de collagène de type I (marin ou bovin), de glucosamine et de chondroïtine ont montré un effet modeste sur la douleur et la progression articulaire dans les études sur l'arthrose digitale. Leur action est préventive plutôt que curative en poussée aiguë. Une cure de 3 mois, renouvelable, reste une option raisonnable.
La thermothérapie locale
Contrairement à l'arthrose du genou en crise (où le froid est préféré), la rhizarthrose chronique répond souvent mieux à la chaleur locale — bain de paraffine chaude sur les mains, gants chauffants. La chaleur décontracte les muscles intrinsèques et améliore la circulation locale. Le froid reste indiqué si une poussée inflammatoire aiguë est présente (gonflement, chaleur locale).
En résumé
La rhizarthrose est l'arthrose de la base du pouce, fréquente chez la femme après la ménopause. Elle évolue en stades, de la simple douleur à l'effort jusqu'à la déformation fixée en Z. L'orthèse sur mesure reste le pilier du traitement conservateur, associée aux AINS topiques et aux infiltrations en cas de poussée. L'ergothérapie est précieuse pour adapter les gestes du quotidien. La chirurgie (trapézectomie) est réservée aux formes résistantes et donne d'excellents résultats. Avec une prise en charge adaptée, la rhizarthrose ne devrait pas interrompre votre vie active.