Arthrose de la cheville : symptômes, causes et traitements
L'arthrose de la cheville est moins fréquente que celle du genou ou de la hanche, mais elle est souvent plus invalidante en proportion — la cheville supporte l'intégralité du poids du corps à chaque pas, avec des contraintes mécaniques parmi les plus élevées du corps humain. Contrairement aux autres localisations, elle est majoritairement post-traumatique : entorses graves répétées, fractures, instabilité chronique. Comprendre ses mécanismes et ses options thérapeutiques est essentiel pour préserver la mobilité et l'autonomie.
Causes et facteurs de risque
L'arthrose tibio-tarsienne (entre le tibia et l'astragale) est dans 70 à 80 % des cas d'origine post-traumatique. Les principales causes traumatiques :
- Entorses graves répétées non ou mal traitées — l'instabilité chronique entraîne des microtraumatismes cartilagineux répétés
- Fractures du pilon tibial — même parfaitement réduites, elles laissent souvent des séquelles cartilagineuses
- Fractures bimalléolaires — les fractures de la cheville touchant les deux malléoles (interne et externe) fragilisent l'articulation à long terme
- Luxations talo-crurale — rares mais très délabrantes pour le cartilage
Les formes primitives (sans cause identifiable) représentent 20 à 30 % des cas. Les maladies rhumatismales (polyarthrite rhumatoïde, arthropathie goutteuse chronique) constituent une troisième catégorie.
Symptômes et évolution
Les symptômes typiques
La douleur est localisée devant la cheville (articulation tibio-tarsienne antérieure) ou dans les malléoles, aggravée par la marche, les escaliers, les terrains irréguliers, et la flexion dorsale (monter une pente). Une raideur matinale et un gonflement après l'effort sont fréquents. Dans les formes avancées, la déformation de la cheville (varus ou valgus) devient visible.
Le retentissement fonctionnel
L'arthrose de la cheville altère profondément la marche : la douleur entraîne une réduction de la longueur du pas, une limitation du déroulement du pied, et souvent une boiterie. Les activités sportives (course, randonnée, sports d'équipe) sont les premières touchées. Avec l'évolution, les simples courses à pied et la marche prolongée deviennent pénibles.
Diagnostic
Le diagnostic repose sur l'examen clinique (palpation de l'articulation tibio-tarsienne, évaluation des amplitudes en flexion dorsale et plantaire) et les radiographies de la cheville de face et de profil en charge. Elles montrent le pincement de l'interligne, les ostéophytes antérieurs (souvent responsables d'un conflit en flexion dorsale), la condensation sous-chondrale et les géodes.
Le scanner (arthroscanner) est indiqué pour planifier une intervention chirurgicale. L'IRM évalue le cartilage résiduel et détecte les lésions ostéochondrales focales qui pourraient bénéficier d'un traitement ciblé.
Traitements conservateurs et chirurgicaux
Le traitement conservateur
Le traitement conservateur associe antalgiques (paracétamol, AINS), semelles orthopédiques avec amortissement et contrôle de l'axe, chaussures adaptées (type rocker), kinésithérapie de renforcement des muscles stabilisateurs de la cheville (tibial postérieur, péroniers), et si nécessaire infiltrations de corticoïdes intra-articulaires. La viscosupplémentation à la cheville est moins documentée qu'au genou mais peut être proposée dans les formes modérées.
L'arthroscopie de nettoyage
Dans les formes modérées avec conflit antérieur (ostéophytes bloquant la flexion dorsale), une arthroscopie de nettoyage (résection des ostéophytes et débridement articulaire) peut donner plusieurs années de soulagement. C'est une chirurgie minimaliste, réalisée en ambulatoire, avec une rééducation courte.
L'arthrodèse tibio-tarsienne
L'arthrodèse est la fusion chirurgicale de la cheville — les os sont maintenus en position neutre jusqu'à leur consolidation osseuse complète (3 à 4 mois). Elle supprime définitivement la mobilité de l'articulation tibio-tarsienne mais offre une excellente antalgie. La marche en terrain plat est récupérée sans douleur, avec une légère limitation à la course et aux terrains irréguliers. C'est la référence chirurgicale pour les formes sévères chez les sujets actifs.
La prothèse totale de cheville
Moins répandue que l'arthrodèse en France, la prothèse totale de cheville (PTC) préserve la mobilité articulaire et donne de bons résultats dans les formes primitives chez les patients de plus de 60 ans peu actifs. Ses contraintes techniques sont importantes (stabilité ligamentaire requise, morphologie compatible) et sa longévité est inférieure à l'arthrodèse chez les sujets jeunes et sportifs. Elle se développe avec les nouvelles générations de prothèses à meilleure survie.
En résumé
L'arthrose de la cheville est majoritairement post-traumatique et survient souvent chez des sujets plus jeunes que les autres localisations d'arthrose. Les symptômes — douleur à la flexion, raideur, gonflement — altèrent significativement la marche. Le traitement conservateur (semelles, kinésithérapie, infiltrations) retarde la chirurgie. L'arthrodèse reste la référence chirurgicale pour les formes sévères ; la prothèse de cheville progresse et devient une alternative sérieuse pour certains profils.